Notre Cheffe de service, Accessibilité et Desisng inclusif, Cynthia Thibault-Larouche y a présenté une conférence consacrée à l’expérience des personnes qui naviguent le web avec un lecteur d’écran. Son objectif était simple, mais ambitieux : faire ressentir concrètement aux créateurs et créatrices de plateformes numériques les obstacles que vivent les utilisateurs en situation de handicap, afin de transformer leur façon de concevoir le web.
Interface est un événement de trois jours qui rassemble des professionnel·les de multiples domaines : marketing, design, développement, intelligence artificielle, communication, technocréativité… et, de plus en plus, accessibilité. C’est dans ce contexte riche et varié que Cynthia est venue parler d’un sujet qui, trop souvent, arrive en fin de liste dans les projets numériques : l’inclusion des personnes ayant des limitations.
Plutôt que d’aborder l’accessibilité uniquement sous l’angle des normes, Cynthia a choisi une approche expérientielle : montrer, faire entendre, faire vivre.
Les réactions sont révélatrices : « C’est donc bien compliqué », « Je me sens complètement submergé ». La vitesse de la synthèse vocale, la densité de l’information, la difficulté à se repérer… tout cela met en lumière à quel point la navigation peut être déroutante lorsqu’on dépend de ses oreilles plutôt que de ses yeux.
Cynthia ne s’est pas arrêtée à la démonstration des obstacles. Elle a aussi présenté des solutions simples et concrètes que les équipes peuvent mettre en place directement dans leurs plateformes numériques : structurer correctement les contenus, offrir des repères de navigation efficaces, utiliser les bons éléments sémantiques, penser aux parcours clavier, etc. L’objectif : que chaque personne reparte avec des actions tangibles à appliquer dès son retour au bureau.
Dans notre discussion un thème fort s’est dégagé : il est très difficile de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre… tant qu’on n’a pas, au moins une fois, essayé de vivre son expérience.
Lors d’autres événements, comme le Off numérique, les équipes ont proposé aux participant·es d’essayer eux-mêmes un lecteur d’écran, casque d’écoute sur les oreilles. À chaque fois, les mêmes constats émergent : on réalise à quel point la navigation est exigeante cognitivement, on découvre des chemins de navigation alternatifs très différents de ceux qu’on conçoit spontanément, on prend conscience que ce qu’on croit « évident » dans une interface ne l’est pas du tout pour tout le monde.
Cynthia le souligne : les biais de conception sont normaux. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est simplement que l’on conçoit à partir de sa propre expérience, de ses propres repères. Les ateliers et démonstrations immersives sont donc précieux pour déplacer ce point de vue, ouvrir de nouvelles perspectives et repenser la façon de construire des plateformes numériques.
Un des éléments marquants de cette conférence est l’engouement du public. Cynthia raconte avoir terminé avec une file de personnes souhaitant poser des questions ou aller plus loin : comment commencer, par où prioriser, que faire concrètement dans un projet en cours, comment former une équipe, etc.
Dans un environnement où l’on pourrait croire que les projecteurs se tournent surtout vers l’intelligence artificielle ou les dernières tendances en design, voir autant d’intérêt pour la navigation par lecteur d’écran est un signal fort. En 2026, l’accessibilité n’est pas un « nice to have » : elle est perçue comme un enjeu central de qualité, d’éthique et d’inclusion.
Face à ceux et celles qui veulent aller plus loin, Cynthia propose deux portes d’entrée complémentaires :
Ces ressources prolongent l’expérience vécue à Interface et offrent un cadre pour transformer la prise de conscience en changements durables dans les organisations.
Ce qui se dégage de cette rencontre, c’est l’importance de conjuguer trois dimensions : la compréhension intellectuelle des enjeux, l’expérience vécue des limitations, et l’action concrète dans les projets.
En faisant entendre le web aux participant·es, en les plaçant symboliquement « de l’autre côté de l’écran », Cynthia et Karine rappellent une vérité simple : concevoir pour tout le monde demande de sortir de soi-même. L’accessibilité, ce n’est pas seulement cocher des cases de conformité, c’est adopter une nouvelle manière de penser la navigation, l’information et l’expérience.
Et si, à l’avenir, chaque conférence technologique prévoyait un moment pour « écouter » le web plutôt que seulement le regarder, il y a fort à parier que nos plateformes numériques deviendraient, peu à peu, plus justes, plus humaines et réellement accessibles à toutes et à tous.